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mai 2008

17/05/2008

"Plan Autisme" vu par Agnès Woimat

"Le plan autisme reste très vague"

propos recueillis par Alice Pouyat

Agnès Woimant, vice-présidente d'Autisme-France, la principale association nationale de parents d'enfants autistes, juge volontariste le plan autisme présenté ce vendredi. Mais regrette le manque de précisions sur sa mise en oeuvre.


Quel est votre sentiment après la présentation du plan autisme?

On a senti une écoute. L’implication de la secrétaire d’Etat chargée de la solidarité Valérie Létard et de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot est positive, mais nous aurions aimé que Xavier Darcos soit là aussi. Son absence montre que l’autisme est encore perçu comme un problème de santé et pas d’éducation.

Le gouvernement promet 4100 places supplémentaires dans des structures adaptées aux autistes en cinq ans. Est-ce suffisant?
C’est dérisoire. Cela fait 820 places par an, alors que 6000 à 8000 bébés autistes naissent chaque année. Le manque de structures adaptées est criant pour les enfants et encore plus pour les adultes. Nous ne demandons pas de multiplier les moyens par dix. Mais plutôt de mieux utiliser les ressources existantes. Des autistes sont pris en charge à l’hôpital; on dépense beaucoup pour essayer de les "soigner", à renfort de médicaments et de soins psychiatriques. Mais l’autisme ne se "soigne" pas. Il faudrait mieux laisser ces places à des malades et transférer les moyens sanitaires vers des structures spécialisées.

Mais tout le monde n’est pas d’accord sur les besoins des autistes…

Oui. Une partie des acteurs, de la santé notamment, refusent d’évoluer. Le "packing" par exemple, c'est à dire l'enveloppement de la personne nue dans des linges humides sortis tout droit du congélateur, est encore pratiqué. D’éminents professeurs défendent leurs méthodes passéistes et leur pouvoir, aux dépens des autistes, qui souffrent d’une surmédicalisation. Le film de Sandrine Bonnaire Elle s’appelle Sabine montre les dégâts des neuroleptiques. Ils transforment les autistes en légumes. A Marseille récemment, un jeune homme de 23 ans ne s’est jamais réveillé. La veille, on l'avait trouvé trop agité…

Les "comportementalistes" sont accusés de vouloir trop stimuler les autistes...

C’est étrange, mais on n'entend jamais ce type de remarque pour les autres enfants. Ces méthodes en tout cas ne font pas de mal. Elles sont plébiscitées et largement diffusées à l’étranger. Nous, familles et éducateurs d’autistes, nous avons besoin de mots et de méthodes concrètes. Pas de charabia médical. Le gouvernement promet aujourd'hui d' encourager l'expérimentation de ces méthodes, mais de façon trop limitée. Nous allons encore prendre du retard.

Le gouvernement s'intéresse aussi à la formation des professionnels concernés...

Oui. Il y a une volonté politique, mais nous manquons de précisions quant à sa mise en musique concrète sur le terrain. Pour ne fâcher personne, le plan reste très vague. Nous voulons savoir quel va être le contenu de ces formations. L'immobilisme est tel qu'on risque de créer de nouvelles structures ou de former du personnel sur des schémas dépassés.

Nous souhaitons aussi que les associations, qui connaissent très bien les besoins des autistes, soient impliquées dans la mise en place de ce plan. Pas seulement écoutées, mais aussi concertées.

Le plan met aussi l'accent sur la recherche et le diagnostic. Où en sommes-nous aujourd'hui?

Aujourd’hui, beaucoup d’enfants sont reconnus autistes trop tardivement. Or, les méthodes utilisées en Suède par exemple l’ont prouvé: une prise en charge précoce est déterminante. Il n’est jamais trop tard pour aider un autiste à aller mieux, mais on ne rattrape pas le temps perdu. Nous regrettons que le gouvernement n’ait pas reconnu la classification de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), qui faciliterait ce diagnostic et permettrait d’arrêter d’attribuer aux autistes toutes sortes de maladies. Il y a urgence.

Cf. http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=471469

Plan pour l'autisme 2008-2010

Autisme: places d'accueil supplémentaires, ouverture à de nouvelles méthodes

Le gouvernement a lancé vendredi un second plan pour l'autisme, qui prévoit la création sur cinq ans de 4.100 places d'accueil supplémentaires et met l'accent sur le diagnostic et les nouvelles méthodes de prise en charge, en réponse à une forte attente des familles.

Le coût global de ce plan 2008-2010, qui vise à "faire sortir les autistes du ghetto", selon Roselyne Bachelot (Santé), s'élève à 187 millions d'euros.

"On part de très loin, ce n'est pas suffisant", a reconnu Valérie Létard (Solidarité), soulignant "l'ambition" du gouvernement: "que plus personne en France ne puisse ignorer l'autisme".

"C'est à la fois une goutte d'eau, mais il y a des progrès sur le plan de la qualité", a réagi l'actrice Sandrine Bonnaire, présente vendredi à la présentation du plan.

En filmant sa soeur Sabine tardivement diagnostiquée autiste et enfermée cinq ans en hôpital psychiatrique, la comédienne a contribué à médiatiser ce que des associations de familles ne cessent de dénoncer: le manque de places d'accueil et l'accent mis en France sur le traitement psychiatrique au détriment des méthodes éducatives et comportementales.

Pour répondre au déficit d'accueil, qui contraint 3.500 enfants ou adultes à aller en Belgique, le plan prévoit 4.100 nouvelles places sur cinq ans: 1.500 en établissements pour enfants, 600 en services d'éducation spécialisée et soins à domicile (SESSAD), et 2.000 pour adultes.

Le premier plan 2005-2007 avait prévu sur trois ans 2.830 places supplémentaires.

Les ministres insistent sur la nécessité d'améliorer les connaissances sur les troubles envahissants du développement (TED), reconnaissant ne pas connaître précisément le nombre de personnes atteintes en France, les chiffres allant de 180.000 (Inserm) à 500.000 (comité d'éthique).

Un "socle commun" de connaissances sera communiqué aux familles et aux professionnels et leurs formations seront renforcées.

L'accent est mis aussi sur le diagnostic, que les professionnels "sont souvent incapables d'établir de façon rapide et précoce".

L'intégration en milieu ordinaire sera favorisée, "à tous les âges de la vie". Pour les adolescents, on encourage l'internat "souple", les structures expérimentales de "décompression". Des modèles d'habitat adapté seront expérimentés dans dix départements.

Concernant les méthodes de prise en charge, venues de l'étranger et privilégiant l'éducatif, les ministres annoncent une expérimentation "encadrée et évaluée".

Sans prendre partie pour une méthode, le gouvernement opte pour "une approche humaine, qui ne les oppose pas entre elles", a affirmé Valérie Létard.

Un recensement des pratiques sera lancé en 2008 dans trois régions, une mission de réflexion juridique et éthique veillera aux "risques de dérives" et "pratiques dangereuses".

Les établissements médico-sociaux et psychiatriques sont appelés à faire évoluer leur pratique pour tenir compte des "aspirations nouvelles" des familles et des connaissances récentes.

Des associations de familles (Autisme France, Sésame autisme) reconnaissent une "volonté politique" de faire évoluer la situation en France, mais, regrettant l'absence du ministre de l'Education, jugent encore trop faible la place accordée aux nouvelles méthodes, "expérimentées au compte-gouttes", et insuffisant le nombre de création de places d'accueil.

Pour l'association de parents d'autistes Léa pour Samy, ce plan est "scandaleux", le système restant "verrouillé par un milieu psychiatrique puissant".

© 2008 AFP

Cf. http://www.20minutes.fr/article/231156/France-Le-gouvernement-presente-le-plan-2008-2010-sur-l-autisme.php