L'objet autistique
"Objet autistique"?
Une notion déjà entendue, sans trop savoir ce qu'elle détermine exactement...
Peut-être ce poste de musique dont Armony ne pouvait se passer et qu'il fallait mettre sous clef pour qu'elle ne soit pas toujours en demande de musique? cette ficelle que Philippe agite sans cesse entre ses doigts de pianiste imaginaire? cette boîte dont Isabelle s'empare dès qu'elle la voit et qu'elle nous réclame sans cesse à sa façon?
Ces objets qui envahissent leur vie, sur lesquels ils centralisent leur attention au point d'en oublier toute autre stimulation. Ces objets qui pour nous n'ont aucun sens mais qui pour eux paraissent magiques. Ces objets qui parfois semblent faire partie de leur propre personne et qui se font l'écho de ce qu'ils sont : de l'importance que la musique fonctionne pour qu'Armony garde le sourire, que la ficelle ne soit pas "cassée" pour que Philippe soit apaisé, que la boîte contienne pour qu'Isabelle ne soit éparpillée...
L'image de l'autiste comprend non seulement l'ombre de ce corps qui se balance, cette tête qui se cogne selon un rythme régulier contre le mur, ces mains qui s'agitent dans le vide, ce regard qui regarde au-delà du visible... mais aussi cet objet a priori quelconque dont il ne se sépare que sous la contrainte.
"Quelconque", vraiment? Pourtant chacun de ces objets a un lourd sens symbolique quand on y pense : la musique c'est l'expression universelle, la ficelle c'est le lien, la boîte est un contenant... tout ce qui manque parfois cruellement aux personnes avec autisme : un moyen de dire, une façon de faire du lien, un cadre compréhensif et rassurant.
Mais je n'ai en rien une approche psychanalytique, et, bien que grande lectrice, je n'ai pas parcouru les écrits de France Tustin. Ma définition de "l'objet autistique" n'est pas celle que l'on trouve dans les livres de psy. En fait, c'est seulement le mot qui m'est venu en voyant le désarroi d'Isabelle qui se jetait désespérée sur le placard où était rangée sa boîte!
Comment l'éducateur se positionne-t-il "entre" une personne avec autisme et son objet autistique? A-t-il le droit de s'imiscer ainsi dans l'autre (car pour la personne avec autisme cela équivaut à un déchirement de son être)? S'il respecte l'intégrité vécue par la personne autiste, l'éducateur est bien souvent limité dans son action éducative, celle-ci étant parasité par l'objet sur lequel la personne avec autisme se concentre. Et, si jamais il "viole" la personne en lui "arrachant" son objet, cela peut générer d'importants troubles du comportement qui ne permettront pas plus l'action éducative. Cependant, l'objet autistique peut aussi parfois être un frein à l'intégration car il implique des comportements inadaptés.
Nous en revenons toujours à cette question essentielle dans l'action éducative... Qu'importe-t-il en priorité : le bien être de la personne dans un immédiat impliquant certains comportements anti-sociaux (dans la mesure où ils ne mettent pas en danger sa propre personne), ou une contrainte immédiate difficile à vivre pour la personne qui permet de tendre vers un idéal d'intégration et de "normalisation"??
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